Architectes et urbanistes | 1978 Conserver cet article en favori fermer cet article
 
Se confronter à l’usage sans s’y soumettre
Extrait d’entretien
 
François Laisney, architecte-urbaniste-chercheur
Lauréat, avec l’équipe de l’APRAH, du concours d’intégration des 4000 dans la ville (1982)

Encore un petit mot si on a le temps sur le travail que j’ai conduit plus particulièrement sur le chantier des Glonnières Ronceray. Celui de la concertation qui était déjà très très poussée avec le programme HVS. On demandait aux architectes de visiter eux-mêmes tous les logements, donc j’ai visité en prenant des notes. On faisait des relevés de mobilier et d’occupation et on interviewait les gens sur leurs désirs pour au moins 700 logements ; donc c’est un premier contact épuisant avec une réalité, l’écroulement du mythe grand ensemble !

C’est vrai que depuis le début, à travers nos études, notre école de pensée a cette idée fondamentale qu’il doit y avoir un véritable contact très fort avec la réalité du site, mais aussi en milieu habité, avec les habitants. Et je ferais d’ailleurs la différence entre les expériences – parce que au fond j’en ai eu deux grandes, le Mans et la Courneuve – en province les gens étaient beaucoup plus bavards, la concertation marchait mieux, alors qu’à la Courneuve on voyait tout de suite que les gens étaient beaucoup moins intéressés. A la Courneuve les gens s’appropriaient beaucoup moins leur logement que dans une grande cité HLM en Province ; et puis après on en a vu les limites : d’abord ça prenait énormément de temps ce travail de concertation par l’architecte, elle n’était pas faite alors avec des spécialistes… l’architecte à ce moment-là était seul pour réaliser tout ce nouveau métier, ce nouveau travail de réhabilitation de logements.

Un des slogans de HVS était déjà “Faire des habitants les acteurs du changement” donc la concertation était déjà extrêmement poussée à l’époque et peut être j’en avais un peu déjà vu les limites. On a toujours eu l’éthique de ne pas imposer au client, à l’usager potentiel et évidemment à l’habitant incrusté dans son logement… C’est juste une question d’éthique. Après, moi personnellement, j’ai construit des grands groupes scolaires, beaucoup avec les instituteurs etcetera. La méthode c’est d’aller voir les écoles, voir comment elles fonctionnent , interroger les instituteurs et les usagers, pour tirer les bonnes idées et les utiliser…Toujours l’usage - ça c’est toujours l’éthique de notre enseignement reçu et ensuite de l’enseignement professé - c’est de se confronter à l’usage sans s’y soumettre complètement – évidemment l’essentiel du métier est la construction, le projet etc. – mais de donner une assez forte part au contact avec l’usager et avec les décideurs, qui sont largement des courroies de transmissions des besoins des gens finalement.