Une immense cité de passage transitoire
Extrait d’entretien
François Laisney, architecte-urbaniste-chercheur
Lauréat, avec l’équipe de l’APRAH, du concours d’intégration des 4000 dans la ville (1982)
Pour être clair, ce qui est très important dans le grand ensemble de La Courneuve, je dirais que c’est un des plus grands ensembles de la région parisienne et aussi un des pires, du point de vue disons du manque de qualité architecturale, ou plutôt que ses défauts architecturaux et urbains au sens de sa morphologie bâtie – un des plus durs, les plus mortifères de ceux qu’on ait pu construire. Par contre ce n’est pas le pire du point de vue de la proximité : il est à 15 minutes en RER de Châtelet, ce n’est pas un grand ensemble qui est isolé, mais en ce qui concerne sa matérialité physique et sociale, c’était vraiment le pire ; il avait été conçu un peu comme une cité de transit pour la Ville de Paris, où on y abrite les expulsés des rénovations urbaines du XIIIème arrdt. , puis les rapatriés d’Algérie, notamment une forte communauté juive, israélite. Finalement moi je pense que ce grande ensemble va continuer à jouer finalement toujours un rôle de cité de transit : il va être en permanence et encore jusqu’à aujourd’hui une immense cité de transit – de passage transitoire. Elle avait un taux de renouvellement de la population de 10% par an et je crois que ce taux est permanent depuis qu’on y a travaillé. Je pense que du point de vue anthropologique vous pouvez difficilement considérer ça comme un lieu d’enracinement. Les gens y viennent souvent contraints parce que c’est dans leur parcours résidentiel, ils y sont amenés, on leur propose ça…ils n’ont pas véritablement le choix. On ne peut pas dire qu’ils soient véritablement captifs, régulièrement il y en a qui souhaitent partir, sortir du grand ensemble pour trouver de meilleures conditions. Je pense que le grand ensemble dont on prévoyait à l’époque la rénovation sur 15 ans - là ça fait 30 ans, il a toujours cette fonctionnalité, il fonctionne presque comme un grand hôtel garni d’un foyer où les gens passent. A l’occasion de la rénovation, de la réhabilitation dont je me suis occupé et des interviews que j’ai pu faire, on voyait qu’il y avait bien sûr qu’un certain nombre de gens qui étaient là dès les débuts - en 67 - qui étaient attachés parce que quand ils sont arrivés et que les logements étaient neufs : on s’attache à un logement neuf - on sait bien que ça représentait à l’époque de la construction plus de confort, des logements propres et neufs… Une fois que la rotation se met en branle et que les logements perdent tout leur attrait et qu’ils se dégradent de plus en plus, l’attachement devient automatiquement moins fort.