Architectes et urbanistes | 1969 Conserver cet article en favori fermer cet article
 
Remise en question du mouvement moderne
Extrait d’entretien
 
François Laisney, architecte-urbaniste-chercheur
Lauréat, avec l’équipe de l’APRAH, du concours d’intégration des 4000 dans la ville (1982)

La question des grands ensembles, la question du logement social et la question de la ville s’est posé dès ’69, en même temps que la création d’UP8 après la formation de l’Ecole des Beaux Arts, et il y avait des programmes de recherche … j’ai enregistré un dialogue entre B. Huet et le sociologue Henri Raymond, élève de Lefebvre. Henri Raymond et Lefebvre défendaient beaucoup plus le droit à la ville, faisant une critique assez radicale des grands ensembles et défendaient les pavillonnaires. Mais à l’époque, toute critique contre les grands ensembles est considérée comme réactionaire. Les communistes entre autres, ne laisse que le droit de se taire. La défense des valeurs positives du pavillonnaire, dont on peut voir les effets nocifs aujourd’hui, évidemment tout ce qu’a produit de mal le pavillon avec ses effets sur la périurbanisation, on en voyait plutôt les aspects positifs. Personnellement, je voyais bien que la France vivait sur cet antagonisme. Un antagonisme assez tragique entre d’un coté le collectif, de l’autre côté le pavillonnaire et puis rien entre les deux ; c’est-à-dire d’un coté le logement social dans des conditions de production qui étaient essentiellement industrielles, dures, et puis le pavillonnaire qui lui était plutôt héritier de l’avant-guerre et dans lequel effectivement on trouvait les valeurs positives de l’appropriation - c’est le mot essentiel - l’appropriation de l’habitat par les habitants eux-mêmes.

Donc en même temps qu’on crée UP8 (actuelle ENSA Paris-Belleville) on crée un institut de recherche et il y a tout un programme de recherche qui se fait avec Henri Raymond qui est un peu la réponse aux premiers appels d’offre du Ministère de l’Equipement sur l’habitat du futur – une réponse alternative aux « modèles d’innovations » industrialisés - sur les possibilités de construire différemment le logement social.