Démolitions de repères
Extrait d’entretien
Paul Chemetov, architecte
Lauréat du concours du quartier de la tour (1996)
Bon, rue Mouffetard on démoli des maisons, rue de Lappe aussi, rue Pelleport aussi on a démoli aisément : le Vème, le IIème ou le XIXeme ne changent pas pour autant et les rues ne changent pas d’adresse donc on est dans la mutation normale d’un territoire sur lui même, dans une reprise d’investissement, sauf que la démolition sans projet, la démolition sans construction du sort du futur du projet c’est totalement négatif et ça détruit non pas seulement les gens, les bâtiments, mais les histoires qui peuvent se raconter. Moi j’ai été très frappé – je le raconte de temps en temps, je vais vous le raconter une fois de plus, ça fait partie de mes grands classiques – mon père était immigré clandestin, un jour je retourne en Russie d’où il venait - il n’est jamais retourné en Russie, pour différentes raisons, même quand il le pouvait après les années Krouchev - et je lui dis “je suis allé voir Rostov” et il me dit “mais il ne reste plus rien, plus rien, tout a été démoli” et ça je pense que c’est quand même, venant de mon propre père et venant des pères de tous ces jeunes maghrébins qui sont de la Courneuve, où est-ce qu’ils ont été élevés ? Où c’était ?