Démolition : disparition des traces
Extrait d’entretien
Jacques Sgard, paysagiste, conception espaces verts 4000, 1958-1965
C’est difficile, j’ai entendu des gens, pas à La Courneuve, mais en Lorraine, lorsqu’on détruisait… ils racontaient qu’ils étaient nés dans ces immeubles, qu’ils y ont vécu leur adolescence, et d’un seul coup tout ça a été supprimé. Alors pour eux ce n’était ni beau ni laid, ni quoi que ce soit, c’était l’endroit où ils avaient vécu. Ce n’est pas anodin, c’est quelque chose qu’on supprime d’eux-mêmes. C’est pas pour dire qu’il ne faut pas les raser, mais il faut dire qu’il y a un rapport parfois complexe, ou un peu ambigu entre l’habitant et son immeuble, même s’il y a souffert. Pour parler de mon expérience propre, j’ai eu notre maison familiale démolie pendant la guerre, toute la ville d’ailleurs, tout un quartier de Calais. Lorsque je retourne sur place il n’y a absolument plus rien, même les rues, tout a été transformé. Ca fait un drôle d’effet. La mémoire maintenant c’est dans un coin, un coin de mon enfance, mais il n’y a plus rien qui permette de l’évoquer sur place. Alors, je pense que pour ceux pour qui l’on supprime l’immeuble, ça peut leur créer un choc.