| Paysagistes | 2002 |
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Je travaillais avec les étudiants dans une friche industrielle dans la vallée de la Bruche (Vosges). On avait réussi à avoir avec nous un vieux syndicaliste qui avait occupé l’usine et on lui a demandé si ça lui faisait quelque chose qu’on rase l’usine. Et il nous avait dit « ah, pour ça, vous pouvez y aller… si vous saviez comme on en a bavé ! » Pour lui, il y avait eu quelques bons moments qui étaient les moments de lutte pour arracher quelque chose aux patrons, mais sinon c’était très dur, c’était très polluant, des teintureries dans lesquelles il s’était brûlé les poumons, donc la mémoire n’avait absolument rien à faire là-dedans. (…) Mais, par contre, chose intéressante pour les étudiants, ils ont compris qu’on pouvait évoquer le passé autrement qu’en gardant certaines choses et que là-bas, la mémoire c’était l’eau, c’était elle qui amenait la force motrice, énergie renouvelable par excellence, avec ces turbines, ces canaux, ces dérivations, c’était peut-être ça dont il était intéressant de garder la mémoire, plus que les murs d’une usine dont on ne savait que faire, qui n’avait même pas un intérêt architectural…
La mémoire, c’est une chose intéressante, mais c’est plutôt de l’évocation. Enfin c’est vraiment difficile à dire, ça se manipule avec doigté. A l’emplacement de l’ancienne cour de l’usine, là où tout le monde se rencontrait [sur l’ancienne friche industrielle] on fait une sorte de petite place publique avec un kiosque, des arbres plantés, c’est que les gens pourront se rencontrer et discuter, et on verra après. Ca les habitants comprenaient très bien.