Vides et verts : les arbres ou la prison
Extrait de livre
Colette Pétonnet, anthropologue
Or, dans les vieilles cités, où l’espace extérieur était moins soumis à la rationalité actuelle, diverses plantes s’élèvent, mais il n’est jamais fait mention de prison. Il faut donc, pour que le mot soit prononcé, que l’architecture soit perçue comme correspondante à la discipline administrative. C’est pourquoi il s’adresse de préférence, à l’espace restreint et cellulaire du bâtiment bloc des cités neuves, celles où le terre-plein est désert. « J’orienterai les bâtiments autour de l’espace central », dit l’architecte. Pourquoi ? Par référence à la place du village ? (…) La place du village vit toujours à demi cachée à l’ombre des arbres. Une cour centre et ronde par surcroît, est aussi terrifiante qu’un mirador. Elle est le point de mire de tous les regards. Celui qui la traverse ne peut s’y attarder. Il est vu de partout et ne peut pas voir qui le voit.
Pétonnet Colette, Espaces habités : ethnologie des banlieues, Paris, Galilée, p. 173-174