Habitants | 1980 Conserver cet article en favori fermer cet article
 
Logement : les murs travaillaient
Extrait d’entretien
 
Nathalie, 44 ans, 1 enfant, employée municipale
Parcours résidentiel : St Denis, La Courneuve (Mail, St Just > l’Ormeseul)

Moi je me rappelle quand j’habitais au Mail au huitième, chez moi, il y a des moments, le plafond s’écartait, je parlais avec le voisin dans sa chambre. Ça s’ouvrait et puis des fois, paf, ça se refermait ! Les murs travaillaient. Et puis comme ici, c’est des marécages, tout est sur pilotis plus ou moins, donc c’est pour ça que ça bouge. (...) Dans le placard de ma chambre. Il y avait des placards au fond des chambres. Et quand j’ouvrais le placard, des fois, on se passait des disques même. Oh c’est, quoi ce que tu écoutes ?! (rires) On se passait des vinyles. Je lui passais le vinyle par la fissure, dans le placard !

Ah oui. C’était une cohabitation plutôt sympathique ? Et lui, ça donnait dans sa chambre aussi ?
Oui, dans son placard aussi, c’était identique. Souvent il y avait les deux logements identiques, ça marchait par deux. Parce que ma mère, elle avait un F5 et la dame du dessus, elle avait un F5 pareil, qui était exactement fait comme le nôtre.

Et elles aussi, elles avaient des fissures ?
Oh oui, tout le monde en avait ! Et encore le Mail, c’était celui qui était le moins attaqué hein ! Le Mail et la Tour, c’était les mieux ! À l’époque, les autres autour heu... c’était catastrophique !

Chez mon frère aussi, il habitait un quatre étages derrière le Mail (Alfred de Musset). Lui, dans sa cuisine, ça s’écartait carrément comme ça, de 50 cm ! Et puis vers quatre heures, pouf. Surtout l’été avec la chaleur. Je ne me souviens plus des heures mais il y avait une heure où ça s’ouvrait, une heure où ça se fermait, et l’on voyait tout et l’on rigolait d’ailleurs ! Et ça se refermait nette, on voyait à peine la fissure ! Ça travaillait trop et puis ce n’est pas prévu pour quarante ans ! Moi, à l’époque où j’habitais au Mail, le mec m’avait dit, j’avais une fuite de gaz chez moi, et il me disait mais vous savez là, plus rien n’est conforme. Moi ça faisait plus de vingt ans que j’habitais le Mail. Je lui dis mais pourquoi ils ne refont pas ? Il me dit, il faut casser les murs parce que tous les tuyaux sont abîmés, il faut tout casser. Et vingt après, c’est encore debout alors qu’il n’y a plus rien de conforme. C’est vrai, j’ai même de la chance qu’il ne se soit rien passé depuis quoi !