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Territoires : Les frontières sont toujours là, en termes de représentation !
Extrait d’entretien
 
Tahar, 31 ans, marié, un enfant, animateur socio-culturel et membre d’une association pour l’enfance et la jeunesse.
Parcours résidentiel : immeuble Maurice de Fontenay > Quatre Routes

L’intérêt [de l’association] est vraiment que des gens d’ailleurs viennent pour aider les enfants [aux devoirs]. Quand on grandit, on se construit, on se forge une identité, et en grandissant c’est tout ce qu’on a accumulé qui fait ce qu’on devient. Toutes les expériences, les rencontres, les discussions qu’on a eu vont construire l’individu. Pour moi, l’intérêt c’est que les enfants des quartiers puissent parler avec énormément de monde, de manière à qu’il y ait des échanges de points de vue (…)

Cela me fait penser qu’une des priorités de tout ce projet de renouvellement urbain c’est de désenclaver spatialement, physiquement, le quartier…
Oui, c’est important… faire de manière qu’il y ait cette ouverture, que les gens puissent traverser le quartier, que les enfants puissent rencontrer d’autres personnes… parce qu’à un moment donné, si le quartier est enfermé, le petit grandit en ne situant que les personnes qui vivent dans son quartier (…) Si tu veux, on à le sentiment de grandir que avec des Mohamed, des Mamadou (…) J’ai en tête Djalil, qui à la quarantaine, la cinquantaine, qui me dit : “Moi j’ai grandi avec des Michel, des Khaled, des Jean-Claude, des Mohamed…” Peut-être, ceux qui sont en dessus de nous sont beaucoup plus ouverts à plus des choses, ils connaissent beaucoup plus des choses que nous…

Et donc toi, tu a eu le sentiment que pendant ton enfance tu etais tout le temps avec des gens de la même origine ou de la même couche sociale ?
Voilà, c’est la ghettoÏsation sociale ! (…) J’ai rien contre les personnes [du quartier] ! C’est toujours un plaisir de se rencontrer ! Mais là on parle de l’enclavement au niveau des plans et des frontières virtuelles qui sont peut-être semées par l’extérieur et qui sont peut être cultivées aussi par l’intérieur. Les gens du quartier qui se disent : “Non, je ne vais pas par là parce que ceci ou cela”. Et les gens de l’extérieur qui se disent : “Oh, la banlieue c’est loin”, ou considèrent les gens de la banlieue comme une sous-population… j’abuse, hein, je vais jusqu’à la caricature… Et du coup, ça fait qu’il n’y a pas que ces barrières physiques, hein, il y a ces barrières dans la tête, ce qui fait qu’à un moment donnée, on peut désenclaver sur le plan de l’urbanisme autant qu’on veut, mais si c’est pas imprimé par l’éducation, si c’est pas imprimé dans l’esprit des gens, ça continuera ! (…) Aujourd’hui, les frontières sont toujours là, en termes de représentation.