Habitants | 2006 Conserver cet article en favori fermer cet article
 
Démolitions : l’entre-deux ou la fin d’un quartier
Extrait d’entretien
 
Charlotte, 45 ans, célibataire, employée municipale
Parcours résidentiel : St Denis > Paris 10e

Et bien Braque, c’est pas triste hein ! (rires) C’est le quartier qui ressemble à Renoir à l’époque quoi ! Qui est délabré, et bien oui, maintenant, les gens ils sentent que c’est la fin de Balzac, puisqu’il y a un plan de démolition aussi dans peu de temps. Donc il y a le Petit Braque, il y a des gens là, c’est le Petit Joliot-Curie aussi qui va être démoli, je crois, je ne suis pas sûre. Ils ont fait une manifestation aussi, il n’y a pas longtemps, parce qu’ils ne veulent absolument pas que leur bâtiment soit détruit ! Donc je pense que ça commence à bouger. C’est vrai que pour le moment, on n’en entend pas parler mais peut-être les habitants, bon .. on sait que ça va arriver.

Qu’est-ce qui va arriver, les démolitions ?
Et bien les démolitions. Pour le moment, je n’ai pas aperçu vraiment de vitres cassées etc.. parce que c’est flagrant quand on relogeait les habitants, qu’il n’y avait plus du tout de personnes dans les appartements, on voit les rideaux voler, les vitres cassées et on a l’impression de bâtiment fantôme. Donc il y en a qui apparaissent derrière leurs vitres, on se dit, ils sont encore là, ça fait drôle de voir ça ! Parce que évidemment les gens ne déménagent pas tous en même temps, il y a toujours des derniers qui vivent dans des conditions un peu lamentables. Comme les relogements, ils sont faits sur trois ans ou plus, ils murent les appartements ; il y a des squattes évidemment, il y a du commerce par rapport à ces squattes, du pillage des choses comme ça. Je le dis mais c’est des choses que j’entends. Je ne les ai pas vécues.

Il y a effectivement cette période de l’entre deux, à partir du moment où l’on a commencé le relogement et le moment où l’on a fini, le bâtiment se transforme.
Moi, ce que je trouve le plus triste, c’est qu’on met rien à disposition de ces gens-là au niveau des commerces, parce qu’on a l’impression que les commerces disparaissent en même temps que les barres, que ces logements sont vides et il y a encore des gens qui y vivent. Je me souviens d’une dame qui me disait, mais moi mon pain, je suis vieille, j’ai 70 ans, il faut que j’aille presque au centre ville pour aller chercher du pain ou du jambon ! Parce qu’elle, elle était française, elle voulait manger du jambon. C’est vrai que c’est dur de trouver du jambon à La Courneuve ! (rires) Donc elle se faisait aider, d’autres allaient lui chercher du pain pour elle, il n’y a que ça quoi !