Habitants | 2000 Conserver cet article en favori fermer cet article
 
Démolition de Renoir : l’expérience d’un évènement
Extrait d’entretien
 
Charlotte, 45 ans, célibataire, employée municipale
Parcours résidentiel : St Denis > Paris 10e

Oh ça a été long, parce qu’il y avait ordre d’évacuer les lieux, donc tout le Mail était évacué, tout le périmètre était évacué, la bibliothèque etc. Donc les gens, on leur avait dit d’aller dans leur famille, de quitter les lieux à 6 heures du matin, pour une démolition qui avait lieu à 14 heures, je crois. Et donc les gens qui n’avaient pas de famille ou qui ne pouvaient pas être hébergé, on les accueillait dans le gymnase. Et donc, nous, en tant que personnel municipal, on était chargé d’accueillir ces gens-là, de faire le café. Donc il y avait des matelas, on occupait les gens, on bavardait avec eux. Mais il n’était pas interdit de circuler, ils n’étaient pas parqués là. Même nous, on pouvait aller venir, mais on avait charge quand même de s’occuper d’eux, de les renseigner, de leur donner à manger. Et donc, moi je me suis éclipsée, parce que du gymnase, on ne pouvait rien voir, et moi je voulais absolument voir la démolition ! D’ailleurs, il y a une grande partie des gens qui sont sortis à ce moment-là ; il y a eu des sirènes pour nous avertir de la démolition. Et donc, on cherchait le meilleur endroit pour voir. Donc il y avait la cour d’école. Il y avait un arbre entre les deux (entre la bibliothèque John Lennon et la barre Renoir). On nous avait dit, vous savez c’est au millimètre près, l’arbre, il va rester. Effectivement, il est resté ! (...) Il faisait très beau ce jour-là ! Donc voilà, on attendait là. A ce moment-là, on commence, la sirène a dû s’enclencher, on commence à voir la dynamite. Et tout d’un coup, comme par miracle... Ensuite, il y a eu un grand nuage de fumée, et il arrivait vers nous. Et tout d’un coup, comme par miracle, il y a eu une bourrasque de vent qui a repoussé le nuage de l’autre côté ! Parce qu’on s’était habillé avec des capes de protection parce que sinon, on en aurait eu partout ! On avait prévu les foulards et tout ça pour empêcher la poussière etc.

Et après la démolition, quand il y a les gravas tout autour, qu’il n’y a plus la barre, qu’est-ce que ça devient ?
Les gens, ils sont allés récupérer le papier peint. Parce que le chantier a été interdit le jour de la démolition, et encore non, parce qu’on a attendu deux ou trois heures et les gens y sont allé, donc ça faisait de gros monticules et ils sont allés récupérer les petits carreaux bleus des murs ou du papier peint, des choses qui pouvaient rester. (...) Mais j’en avais ramassé aussi de ces petits carrés bleus qui symbolisaient Renoir.

Comme souvenir ?
Oui oui et les gens, il y en a sûrement qui ont dû retourner sur les lieux pour récupérer leur papier peint, parce qu’il y avait de gros morceaux quand même. C’est drôle, enfin drôle non mais...

Et pendant la démolition, donc il y a les bruits de la détonation et puis après le nuage de fumée... est-ce qu’il y avait des cris, il y avait des hurlements, des cris de joie, des pleurs ?
Je ne me souviens pas. Moi, je ne disais rien, j’avais le cœur qui palpitait et voilà, après je me suis en allée. Non il y a eu un applaudissement général et après les gens se dispersent, ils ne bavardent pas entre eux. Il y a peut-être eu des adultes, je pense qu’il y en a beaucoup qui pleuraient. On me l’a dit. Mais heu... On s’en va vite. On ne reste pas là à voir si les gens pleurent et tout. (...) Tout le monde était sorti (du gymnase) et puis après, ils se sont dispersés et ils ont réintégré leur appartement dans l’heure qui a suivi. Oui, ça s’est passé très vite. Autant toute l’attente, c’était très long mais après, ça a été très rapide.