| Décideurs | 2004 |
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« Tirer parti de la singularité du lieu "Je m’oppose à ce discours qui consiste à dire : "On s’est trompé, on efface tout et on recommence. Ce n’est pas aussi simple que cela. Ces lieux ont une mémoire, les habitants se les sont appropriés. Chaque démolition constitue pour eux une douleur épouvantable.
Une vraie politique de la ville doit s’inscrire dans le long terme. Chaque cas est singulier. On ne peut pas décréter qu’il suffit de détruire pour donner un nouveau souffle à un quartier. L’intitulé de la démarche administrative, démolition/reconstruction, est en lui-même réducteur. La volonté de remplacer les grandes barres par des pavillons est aussi simpliste que celle qui a mené à la construction de ces grands ensembles. Le lotissement n’est pas la réponse à tous les problèmes de logement. La bonne idée urbaine, c’est la complexité. Un maire de Lorraine m’a contacté pour que je démolisse une tour de sa commune. Je lui ai montré comment on pouvait en tirer profit. Il ne faut pas réduire la tour à un espace de stockage. Cela peut être plaisant d’habiter le ciel ! Pour qualifier mon travail, je n’emploie jamais le terme "réhabilitation", que je trouve péjoratif. Réhabiliter, c’est passer un coup de peinture sur de vieux bâtiments. Je préfère parler de remodelage, voire de métamorphose. A Lorient, par exemple, on a "tricoté" un quartier dans l’ancien système urbain. La cité doit être démembrée, on doit travailler à la rattacher à la ville. Il faut tirer parti de la singularité du lieu, ici l’ouverture sur la mer. Ce secteur, qui était hier encore le plus médiocre de la ville, est depuis très attractif. Il est aujourd’hui entièrement occupé alors qu’avant les gens le fuyaient. A Lorient, les habitants ont recommencé à recevoir, ils étaient fiers de leur nouvel appartement. Ils avaient retrouvé leur dignité.
Les occupants de ces immeubles n’ont pas eu à déménager. Dans certaines situations extrêmes, comme à Vénissieux en 1994, on a procédé à des démolitions sans aucun projet derrière. C’est extrêmement fragilisant pour les habitants : le logement auquel ils sont malgré tout attachés est détruit et ils ne savent pas ce qui les attend. Un déménagement, psychologiquement, c’est presque aussi violent qu’un divorce. »