Décideurs | 2004 Conserver cet article en favori fermer cet article
 
Faut-il détruire les barres ? Oui
Extrait d’un article
 
Jean-Louis Borloo, Ministre de l’Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale, 2004

« Casser le ghetto par un acte architectural nouveau" Il y a des cas où la démolition est inévitable, à la fois pour des raisons urbaines et de mode de vie. Certains immeubles ont déjà été réhabilités plusieurs fois et les problèmes sont toujours là. L’acharnement thérapeutique finit par devenir insupportable aux habitants et à leurs élus.

On ne démolit jamais un immeuble parce qu’il s’agit d’une tour ou d’une barre. Il existe de belles cités, avec une architecture intéressante, qui peuvent être conservées. La réhabilitation est parfois très performante et peut changer complètement un quartier. Mais elle est souvent aussi coûteuse qu’une démolition/reconstruction. Les études montrent que les immeubles réhabilités ont besoin de nouveaux travaux en moyenne tous les sept ans. Dans certains quartiers, la destruction d’immeubles, qui peut être partielle, est l’unique solution. Le taux de vacance y est parfois de 40%. Là, il faut casser le ghetto par un acte architectural nouveau. On ne rase jamais entièrement un quartier, il suffit parfois de détruire un ou deux bâtiments pour désenclaver ces cités.

Je ne nie pas que ces lieux ont une histoire, que les gens y ont des souvenirs. Détruire des barres n’est jamais une action anodine, c’est pour cela qu’il faut beaucoup de soutien social. Les habitants sont toujours partagés entre nostalgie et espoir. Mais, pour avoir assisté à de nombreuses démolitions, je peux affirmer qu’on n’entend que des applaudissements lorsque les immeubles tombent.

Une fois le processus de démolition/reconstruction terminé, on ne rencontre que des satisfaits. La vie dans ces quartiers s’améliore de façon spectaculaire. En constatant que des moyens lourds ont été engagés pour améliorer leur condition, les habitants retrouvent leur dignité. Les cités sont redynamisées, notamment grâce à l’arrivée d’une nouvelle population. Le quartier de la Briquette à Valenciennes, par exemple, était considéré comme l’un des plus sensibles de la ville. On a rasé une partie des immeubles que l’on a remplacés par des maisons individuelles avec jardin. C’est maintenant une zone très attractive.

Le tabou de la démolition est levé. La décision de détruire des immeubles n’est jamais arbitraire. Dans tous les dossiers, il y a consensus entre les représentants des habitants, les élus locaux et l’office HLM. »

Renouvel Gaëlle, « Faut-il détruire les barres ? », L’express, n°2775, septembre 2004.