De l’urbanisme insensé
Extrait d’article
Paul Chemetov, 2000
« L’architecte Paul Chemetov a été appelé au chevet de la barre Renoir, pour construire en lieu et place des 1 200 logements pulvérisés de petits immeubles de quatre étages. Il explique au Figaro la genèse et le fiasco des grands ensembles et de toute une époque. ».
« Pour faire des quartiers vivables, il suffit de revenir au droit commun de la vie, de faire de la mixité, de s’arranger pour que les routes ne s’arrêtent pas en bas des tours. En son temps, le quartier des 4 000 fonctionnait en vase clos, il avait son réseau routier propre, ses écoles, etc. Il était complètement enclavé, c’était une bulle. Quand vous vous promenez à Paris ou ailleurs, vous voyez des maisons de statut privé, et aussi des écoles, des parcs, de statut public. Quand on détruit un logement dans une rue, on en construit un autre, on ne met pas tout un quartier en crise pour autant. Pour conserver les cités, il suffirait de changer leur système urbain, de délimiter nettement ce qui relève du privé et du public. N’y a-t-il pas surtout un problème de ghetto ? Le problème des grands ensembles est moins un problème de densité que de conception Paris est cinq fois plus dense que les 4 000, par exemple. Mais la grande erreur fut effectivement de créer des grandes entités autosuffisantes, sur des surfaces grandes comme deux terrains de football, avec des bâtiments si hauts que l’école au pied était toujours à l’ombre. La moyenne actuelle des logements est de quarante par opération c’est plus gérable que quatre mille. Les immeubles ne sont pas des monuments ni des pyramides, ils doivent rester à l’échelle. Si vous mettez la Défense près de Notre-Dame, ça ferait crier, même les non-croyants, car il y a des symboliques incompatibles. Quand on s’intéresse à l’urbanisme, on doit chercher la signification des choses dans la ville. »
Vezins, Véziane de, « La barre Renoir de la cité des 4 000 à La Courneuve va disparaître aujourd’hui. De l’urbanisme insensé », Le Figaro, 8 juin 2000.